INCONTRO E ALTRI RACCONTI
POSTFACE
Il y a beaucoup de Bove, dans ces quelques nouvelles : les personnages – tordus et ulcérés, sans défense et marginalisés, imprudemment prétentieux ou ambitieux ; le langage, qui, en maintenant constant son ton incomparable, mue, se dilate et se contracte, comme pour distinguer le dicible de l’indicible, ce peu d’évidence du tant d’incertitude et de flou ; certaines thématiques obstinées – le désir et la crainte de la solitude, la soif de succès et la volupté de la perte, l’échec de la communication humaine ordinaire, l’hypocrisie et l’abandon insidieusement nichés dans les relations amoureuses et conjugales –, parfois traitées avec compassion, parfois avec une cruauté raffinée, parfois avec un humour qui génère le sourire ou provoque le rire.
Et puis il y a l’acte de regarder, qui, déjà très présent dans le travail de Bove, revêt dans certains courts récits une fonction déterminante.
Dans certains cas, ce sont les personnages qui s’observent eux-mêmes et observent la réalité dans laquelle ils évoluent. Dans d’autres, c’est le grand et infatigable œil d’un narrateur omniscient qui détecte et enregistre scrupuleusement − et avec une neutralité et une objectivité scientifiques − les détails et les nuances.
Un sillon sur un visage, une lèvre contractée, une petite tuméfaction à la base d’une joue… une pluie fine, un rayon de soleil, les traces de neige sur un chapeau... une chaise tâchée d’encre, une coupe en verre, un bout de plancher, et même les fils à l’intérieur d’une ampoule… − tout, pour une nécessité obscure ou par fatalité, entre à un moment donné dans le champ visuel du personnage et, aussitôt remarqué, est noté.
Les modes et les effets du regard sont disparates : parfois le regard, du personnage ou du narrateur, glisse apathique et indifférent sur l’objet du moment, en le laissant à son existence muette ; parfois l’objet est scruté et interrogé, comme s’il était le détenteur d’une signification qu’il semble négligeant d’ignorer (il se laisse très rarement déchiffrer, la plupart du temps il reste resserré dans une énigme qui devient inquiétante, source d’un malaise indéfinissable) ; d’autres fois encore, regarder c’est frissonner, l’objet apparaissant comme porteur d’une menace, une menace d’autant plus angoissante qu’elle est plus générique et insaisissable.
Enfin, que le regard soit placé sur un corps, sur l’inanimé ou la nature, il doit presque toujours faire face à l’opacité de ce qui vit et de ce qui est inerte, avec l’oblitération de sens de chaque chose. C’est comme si Bove nous indiquait la réalité et nous la soustrayait. Il est clair que nous lecteurs, placés en face d’une telle suspension, d’une telle incertitude de signification, initialement nous restons là, surpris. Ensuite, c’est précisément cela qui produit en nous soulagement et fascination : nous nous trouvons finalement libérés de l’emprisonnement, de l’obsession maniaque de l’interprétation.
Luisa Stella